Collines noires avec Cèdre, 1942.
Art,  Français

Les Premières Années — La Formation De Georgia O’keeffe

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre Georgia O’keeffe (ASIN: B016XN17EK), écrit par Janet Souter, publié par Parkstone International.

« J’avais vu beaucoup de Jacks auparavant, mais c’était la première fois que j’examinais une fleur (…) J’étais un peu irritée par mon intérêt parce que je n’aimais pas le professeur (…) Mais peut-être m’ouvrit-elle les yeux et me fit regarder les choses – les regarder dans le moindre détail. »

Grâce à sa capacité à observer le moindre détail d’une fleur ou à s’émerveiller face aux vastes plaines du Sud-Ouest des Etats-Unis, Georgia O’Keeffe nous captive. Plus elle cultivait son isolement et plus elle attirait le reste du monde à elle. Qu’est-ce donc qui rend son héritage si puissant aujourd’hui encore ? On reconnaît des fleurs, des os, des bâtiments. Mais il y a quelque chose dans ses peintures qui nous enseigne aussi comment les voir. Nous flânons sur une plage ou nous nous promenons sur un sentier, et pourtant nous ne remarquons qu’à peine la délicatesse d’un coquillage ou les subtils reflets d’un galet. Nous écartons d’un simple coup de pied quelque gravier érodé par le temps. Nous traversons le désert en protégeant nos yeux qui clignent sous le soleil, manquant ainsi un crâne solitaire, symbole d’une existence depuis longtemps révolue. Georgia, elle, embrassa toutes ces choses et plus encore, les mit en lumière et nous força à les connaître. Puis elle les plaça dans un contexte particulier, de manière à stimuler notre imagination. Un crâne de gazelle flottant au-dessus de l’horizon du désert, ou la lune abaissant les yeux sur les contours nets d’un gratte-ciel new-yorkais, nous guident un bref instant vers un autre monde.

Prunes, 1920, Georgia O'Keeffe
Prunes, 1920. Huile sur toile, 22,9 x 30,5 cm, Collection de Paul et Tina Schmind, Boston.

Ses abstractions nous apprennent que le jeu avec les formes horizontales et verticales, les cercles concentriques, les lignes courbes et les diagonales — ces images qui existent dans l’esprit — sont vivantes de la même manière et méritent d’être partagées. Georgia percevait déjà cela alors qu’elle n’était qu’une étudiante en art au début du siècle, copiant les tableaux des autres ou reproduisant des bustes de plâtre.

Dans sa vie personnelle, elle montra aux femmes qu’il est possible de rechercher et de trouver le meilleur en elles-mêmes. C’est plus facile aujourd’hui, cela l’était moins lorsque Georgia était jeune. Ses dernières années servent d’exemple à ceux d’entre nous qui pensent que la vie est sur son déclin une fois passé l’âge de soixante ans. A quatre-vingt dix ans passés, ses yeux l’abandonnant pourtant peu à peu, elle trouvait toujours un moyen d’exprimer ce qu’elle voyait et l’excitation que cela lui procurait.

Nous regardons son oeuvre et nous en parlons, mais Georgia elle-même avait du mal à traduire ses pensées en paroles. Ses réflexions étaient sur la toile. Ce que nous tenterons de faire à travers ce livre, c’est de suivre son évolution, de découvrir quelles furent ses influences et  l’artiste se confrontait toujours à de nouvelles expériences.

Nous ne pouvons en discuter avec Georgia O’Keeffe. Ces jours sont révolus. Mais si nous regardons autour de nous, nous nous apercevrons qu’elle nous parle toujours.

Séries de Nu VIII, 1917, Georgia O'Keeffe
Séries de Nu VIII, 1917. Aquarelle, 45,7 x 34,3 cm, Georgia O’Keeffe Museum, Santa Fe.

Aujourd’hui encore, son oeuvre est aussi lumineuse, neuve et émouvante qu’elle l’était il y a près de cent ans. Pourquoi ? Parce que, bien que ses peintures, dans la simplicité de leur exécution, expriment un sentiment d’ordre, de clarté et de stabilité, elles demeurent le moyen par lequel nous apprenons à voir et à contempler la délicatesse sensuelle d’une fleur, la désolation d’un crâne blanchi ou encore la tension d’un crépuscule.

Georgia Totto O’Keeffe est née le 15 novembre 1887, dans une ferme proche du village de Sun Prairie dans le Wisconsin. Elle était la première fille et le second enfant de Francis et Ida Totto O’Keeffe. Son frère aîné, Francis Jr, est né presque un an et demi plus tôt. Enfant, Georgia possédait déjà un sens développé pour la clarté, l’obscurité et la luminosité ainsi qu’un oeil d’artiste pour le détail. Son premier souvenir remonte à sa prime enfance. Elle se voit installée sur une couverture étalée sur le gazon devant la maison familiale. Sa mère est assise à table sur un long banc. Une amie de la famille, connue sous le nom de tante Winnie, se tient à l’extrémité de la table. Georgia se souvient des cheveux dorés de Winnie et de sa robe confectionnée dans un délicat tissu blanc. Par la suite, lorsqu’elle rapporta ce souvenir à sa mère, celle-ci calcula que Georgia n’avait alors que neuf mois.

L’enfance de Georgia se déroula singulièrement calmement. Elle passa ses premières années et son adolescence dans la grande maison de famille près de Sun Prairie, au coeur d’une région vallonnée et agricole. Au printemps, les fleurs sauvages jalonnaient les routes poussiéreuses. Les puissantes stridulations des cigales se faisaient entendre pendant les chaudes soirées d’été. A l’automne, les femmes cueillaient les légumes dans le jardin sous la voûte des arbres et l’hiver, les enfants chevauchaient leurs traîneaux à travers les champs couverts de neige.

Pétunias noirs et Gloire du matin blanche, 1926, Georgia O'Keeffe
Pétunias noirs et Gloire du matin blanche, 1926. Huile sur toile, 91 x 75,5 cm, Cleveland Museum of Art, Cleveland.

Après la naissance de Georgia, cinq autres enfants vinrent rapidement au monde : Ida, Anita, Alexius, Catherine et Claudia. Au cours des soirées et des jours pluvieux, Ida O’Keeffe, convaincue de l’importance de l’éducation, faisait la lecture aux enfants, puisant dans des oeuvres comme Le Roman de Bas de cuir de James Fenimore Cooper ou dans les histoires du Grand Ouest. Ida avait passé une grande partie de son enfance dans une ferme proche du domaine des O’Keeffe. Lorsque son père, George, quitta la famille pour retourner dans sa Hongrie natale, la mère d’Ida, Isabel, installa ses enfants à Madison, dans le Wisconsin, où ceux-ci furent scolarisés. Ida en profita pour approfondir ses connaissances et, petite fille déjà, envisagea de devenir médecin. Alors qu’Ida devenait adulte, Francis O’Keeffe, qui pensait à elle comme à la ravissante jeune fille de la ferme voisine, lui rendait fréquemment visite à Madison et finit par lui proposer de l’épouser. Isabel convainquit Ida de l’ambition et du sérieux de Francis O’Keeffe, deux qualités excellentes pour un époux. Ida aimait Francis, bien que certains membres de sa famille aient été atteints de tuberculose et qu’à cette époque, on évitait tout contact avec les malades. Pourtant, Ida n’était pas enthousiaste à l’idée de retourner à Sun Prairie, d’où était absente toute activité culturelle. Elle obéit néanmoins à sa mère, étouffa ses ambitions, et le 19 février 1884, devint Madame Francis O’Keeffe. Au cours des années suivantes, il n’y eut presque pas un moment où Ida ne fut pas enceinte ou occupée à prendre soin de ses enfants. En vérité, son époux travaillait sans répit et ils jouissaient d’une grande maison, mais elle n’en demeurait pas moins une femme de fermier dont l’instruction avait pris fin brutalement. Elle espérait plus pour sa progéniture et se cramponna à l’idée que si ses enfants avaient la chance d’avoir accès à la culture et de jouir d’une éducation harmonieuse, cela leur éviterait peut-être de descendre plus bas dans l’échelle sociale. Elle considérait aussi comme important que ses filles se dotent des compétences nécessaires pour gagner leur vie en cas de besoin. Ida reçut de l’aide pour élever ses enfants : sa tante Jennie, qui était veuve, vint vivre avec la famille dès la naissance du premier bébé. Ceci lui laissa du temps pour poursuivre sa propre instruction, rendre visite à sa famille à Madison et occasionnellement se rendre à l’Opéra à Milwaukee.

Echelle vers la lune, 1958, Georgia O'Keeffe
Echelle vers la lune, 1958. Huile sur toile, 101,6 x 76,2 cm, Collection privée, New York.

Dès sa plus tendre enfance, Georgia perçut que sa mère lui préférait Francis Jr et sa soeur Ida, d’un tempérament plus démonstratif. C’est peut-être la raison pour laquelle Georgia se sentait plus proche de son père, qu’elle trouvait assez bel homme. Il avait toujours avec lui un sac de sucreries destinées à ses enfants et aimait jouer des airs irlandais au violon. Lorsqu’un problème survenait, il prenait les choses en main et Georgia, comme la plupart des enfants, était attirée par celui de ses parents qui savait atténuer les petits malheurs. Ida, soucieuse des convenances et de leur rang, gérait soigneusement la vie sociale de ses enfants, ne les autorisant que rarement à jouer chez des amis de peur qu’ils n’adoptent un comportement inacceptable ou ne tombent malades au contact des affections qui proliféraient dans la région…

Un de ses tableaux célèbres :

Deux Lys de Calla sur le rose, 1928
Deux Lys de Calla sur le rose, 1928. Huile sur toile, 101,6 x 76,2 cm, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie.
L’Arbre de Gérald I (Gerald’s Tree I), 1937
L’Arbre de Gérald I (Gerald’s Tree I), 1937. Huile sur toile, 101,6 x 76,2 cm, Georgia O’Keeffe Museum, Santa Fe.

Découvrez son exposition sur notre blog ou au Museum of Fine Arts, Houston : Georgia O’Keeffe, Photographe du 17 octobre 2021 au 17 janvier 2022.

Voir plus d’œuvres d’art de Georgia O’Keeffe ici :

Musée Thyssen-Bornemisza

Centre Pompidou

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