L’Art du Diable
Art,  Français

Les Défaites du Diable et Satan : la bataille entre le bien et le mal

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre L’Art du Diable (ISBN: 9781783108657), écrit par Arturo Graf, publié par Parkstone International.

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SATAN, on l’a vu, possédait de nombreux partisans. Néanmoins, les adversaires ne lui faisaient pas défaut non plus. Ceux-là, en Enfer et sur terre ; ceux-ci, sur terre et au Ciel. Les partisans de Satan comptaient tous les autres démons et tous les hommes mauvais, surtout les hérétiques et les sorciers. Ses adversaires comprenaient tous les hommes bons, en particulier les saints – vivants ou morts – et les ecclésiastiques, moins du fait de leur caractère que de leur profession. Puis, les différents ordres d’anges, la Sainte Vierge et l’Éternel. Dieu – comme à l’époque de la première rébellion de Satan – ne joua qu’un rôle minime dans leur combat, attendant le dernier moment et la limite qu’il avait fixée à l’arrogance du Diable. Contre Son indigne ennemi, Il toléra que la bataille fût livrée par Sa Mère, par les saints, par les armées célestes, et par des hommes qui bénéficiaient de Sa grâce ou de l’aide de la Sainte Église. Il s’agissait d’un combat de tous les jours, renouvelé sans arrêt. À peine Satan avait-il été battu qu’il se relevait, et poussé hors de sa position, il reparaissait dans une autre. Il lui arrivait parfois de passer du rôle de vaincu à celui de vainqueur.

Observons, dans un premier temps, quelles victoires les hommes de chair et de sang remportèrent sur le grand adversaire. On verra plus tard celles que remportèrent les habitants du Ciel.

Maître de Castelsardo, L’Archange saint Michel, retable de Saint-Pierre, 1498-1500, L’Art du Diable, satan
Maître de Castelsardo, L’Archange saint Michel, retable de Saint-Pierre, 1498-1500. Chiesa di San Pietro, Tuili, Italie.

Le chrétien, qui luttait contre Satan en vue de son propre salut, possédait, en cas d’attaque ou de défense, tout l’attirail nécessaire à un combat aussi effroyable. Parmi ces armes, certaines étaient spirituelles, d’autres matérielles. Il bénéficiait également de tout le soutien de la grâce divine sans laquelle il existait nul espoir de salut. Par ailleurs, il se rangeait derrière sa foi et sa vertu comme derrière les remparts d’une citadelle aux fortifications solides. Les pratiques religieuses auxquelles il s’adonnait avec diligence – prière, présence aux sacrements, jeûnes, veilles prolongées – rappelaient des opérations de guerre, calculées pour garder l’ennemi en respect ou pour l’obliger à céder du terrain s’il s’était déjà trop avancé. Toujours utile en cas de besoin, le signe de la croix était une arme formidable, aussi utile pour attaquer que pour se défendre. On ne compte plus les démons, obligés de confesser qu’ils ne pouvaient résister aux vertus de ce symbole ô combien sacré qui les plongeait dans la terreur et la confusion. Grâce au signe de la croix, non seulement les démons prenaient la poudre d’escampette, mais les incendies étaient éteints, les tempêtes apaisées, les malades guéris et nombre d’autres exploits accomplis. Les noms de Dieu le Père, Jésus et la Vierge Marie se révélaient très efficaces aussi, pour peu qu’on les invoquât avec ferveur et qu’on les jetât à la face même des démons comme on jette un défi. Il y avait aussi l’eau bénite : plus cuisante pour leur cou et leur dos maudits que ne l’étaient la poix bouillante et le plomb fondu de leurs chaudrons infernaux. Les cloches, qui remplissaient l’air de leurs carillonnements, afin d’appeler les fidèles aux rites sacrés, à la méditation, à la prière ou d’annoncer les fêtes pleines de grâce, dispersaient les démons, dissipaient souvent les tempêtes qu’ils avaient provoquées et produisaient quantité d’effets merveilleux. De là, l’hymne de la cloche :

Laudo Deum verum,

Plebem voco,

Congrego clerum.

Defunctos ploro,

Pestem fugo,

Festa decoro.

Funera plango,

Fulgura frango,

Sabbata pango.

Excito lentos,

Dissipo ventos,

Paco cruentos.

Et quelquefois, à la fin, ce vers terrible :

Est mea cunctorum terror vox daemoniorum.

Raphaël, Saint Georges et le dragon, vers 1503-1505, L’Art du Diable, satan
Raffaello Sanzio, dit Raphaël, Saint Georges et le dragon, vers 1503-1505. Huile sur bois, 29 x 25 cm. Musée du Louvre, Paris, France.

Les reliques des saints ayant triomphé des toutes les attaques et ruses du Malin permirent à une foule d’autres saints de remporter semblables triomphes. Il en allait de même de certains écrits sacrés qu’on portait autour du cou ou qu’on cousait dans ses habits, et de certaines amulettes. Il existait également une profusion d’objets purement naturels qui faisaient horreur aux démons. C’était le cas de quelques pierres précieuses comme la chrysolite ou l’agate qui les faisaient détaler, et le saphir qui réconciliait avec Dieu. Le cas aussi de certaines plantes comme l’ail ou la rue, et d’une herbe que les Français appelaient permanable capable d’ensorceler les démons. Le sel comptait parmi les choses qui les terrifiaient. Le coq, comme on l’a déjà souligné, était pour les démons un adversaire redoutable : par son chant qui annonce le lever du jour, il les obligeait (mais pas tous) à s’aller cacher. Enfin, il arrivait que le Chrétien pût se contenter, comme on le verra, soit de ses poings, soit d’une trique solide. D’autre part, celui qui était tombé aux mains de l’ennemi avait la possibilité, moyennant des pénitences plus ou moins longues et dures, d’en réchapper et de domestiquer son maître.

Il faut admettre, cependant, que ces armes et ces moyens de défenses restaient parfois sans effet. Les vies de nombreux saints – et pas seulement des moindres et des médiocres, mais aussi des plus grands – foisonnent d’exemples notoires. Combien de fois – quelle qu’en fussent les raisons – les démons, impudents et impies, parodièrent-ils mot pour mot les psaumes du Psautier et surtout les prières sacrées dont usait le saint pour les intimider ! Combien de fois laissèrent-ils entendre leurs ricanements scandaleux à la vue de la croix ; croix qu’il leur suffisait d’entrevoir, d’ordinaire, pour tourner les talons et prendre la fuite ! Combien de fois enfin, sautèrent-ils et dansèrent-ils de joie sous les gouttes d’eau bénite ! Et plus on augmentait les moyens de défense, plus les attaques de ces démons se multipliaient et gagnaient en fureur.

Gérard David, L’Archange saint Michel, vers 1510, L’Art du Diable, satan
Gérard David, L’Archange saint Michel, vers 1510. Huile sur bois. Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche.

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