Canaletto, Le Retour du Bucentaure, 1732
Art,  Français

1000 Chefs-d’œuvre de la peinture

L’art à travers le temps : Du Moyen Âge à l’ère numérique d’Instagram

Crédit vidéo d’introduction : Mixing Black Paint with a Paintbrush vidéo de Kampus Production de Pexels.

Le texte ci-dessous est l’extrait du livre 1000 Chefs-d’œuvre de la peinture (ISBN: 9781783109302) écrit par Victoria Charles, Joseph Manca, Megan McShane et Donald Wigal, publié par Parkstone International.

Giorgio Vasari (1511-1574), peintre de cour des Médicis et surtout connu comme l’auteur des Vies des plus illustres architectes, peintres et sculpteurs italiens, considérait le renouveau de la peinture, qui s’amorça au début du XIVe siècle, comme une grande chance. Il décrivait le naturalisme des peintres toscans tels Giotto di Bondone au début du XIVe siècle, comme un miracle, un don de Dieu, car il mettait ainsi un terme aux représentations rigides, formelles et dépourvues de naturel du style byzantin, jusque-là prédominant en Italie. Aujourd’hui, nous savons que ce bouleversement de l’art n’est dû ni au hasard ni à la clémence divine.

L’évolution vers une représentation narrative vivante et efficace, vers une gestion de l’espace convaincante, introduisant des personnages physiquement réalistes dotés d’une véritable présence, marque la peinture du XIVe siècle, qui reflète ainsi les changements qui s’amorcèrent à cette époque dans la culture européenne, et en Italie avec une intensité particulière. Confrontés à une nouvelle société dans laquelle les commerçants, les entrepreneurs et les banquiers gagnaient en importance, les peintres devaient répondre à une demande croissante pour une forme d’art explicite et naturaliste. Les oeuvres grandioses du Florentin Giotto, et le naturalisme élégant et finement ouvragé des peintures du Siennois Duccio di Buoninsegna n’étaient qu’une facette d’un mouvement culturel beaucoup vaste.

Léonard de Vinci, Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, dite Mona Lisa, la Gioconda ou la Joconde, vers 1503-1506, peinture
Léonard de Vinci, 1452-1519, école florentine, Italien. Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, dite Mona Lisa, la Gioconda ou la Joconde, vers 1503-1506. Huile sur panneau de peuplier, 77 x 53 cm. Musée du Louvre, Paris. Haute Renaissance

Celui-ci englobait également les écrits saisissants de Dante, Pétrarque et Boccace en langue vernaculaire, les aventures trépidantes de Marco Polo, l’influence croissante du nominalisme en philosophie, qui favorisa un savoir réel et tangible, ou encore la dévotion d’un saint François d’Assise, pour qui la présence de Dieu n’était ni une idée ni l’objet de spéculation verbale, mais s’incarnait dans le gazouillis des oiseaux ou l’éclat du soleil et de la lune.

Ce que certains précurseurs avaient amorcé dans l’art pictural du XIVe siècle, fut perpétué au XVe, avec une acuité et une force plus grandes encore, et avec une conscience historique qui les forçait à se tourner vers le passé, bien audelà du Moyen Age, vers les civilisations classiques. Les Italiens se mirent à admirer, voire à aduler, les Grecs et les Romains de l’Antiquité pour leur sagesse et leur conscience, ainsi que pour leurs réalisations artistiques et intellectuelles. C’est une espèce nouvelle d’érudits humanistes qui fomenta la révolution culturelle du XVe siècle. Un humaniste était un spécialiste des lettres antiques, et l’humanisme désignait plus largement l’attitude qu’ils cultivaient : une croyance en la valeur d’une étude réfléchie de la nature, une foi dans le potentiel de l’humanité et le sentiment que des convictions morales laïques étaient nécessaires pour suppléer à la doctrine limitée du christianisme. Par-dessus tout, les humanistes soutenaient l’idée que la civilisation antique constituait l’apogée de la culture, et que l’on devait entretenir le dialogue avec les écrivains et les artistes de l’ère classique. Tout ceci aboutit à la Renaissance de la culture gréco-romaine.

Les peintures sur bois de Masaccio et de Piero della Francesca parvinrent à saisir toute la fermeté morale des anciennes sculptures romaines, et ces artistes s’efforcèrent d’intégrer leurs protagonistes à notre monde : la perspective de la Renaissance était basée sur un point de fuite unique et sur des lignes transversales soigneusement calculées, produisant une cohérence spatiale inédite depuis l’Antiquité. Mais plus que toutes autres, ce sont les peintures d’Andrea Mantegna, prodige d’Italie du Nord, qui sont le plus manifestement redevables à l’Antiquité. Ses recherches en matière de costumes, d’architecture, de poses et d’inscriptions antiques débouchèrent sur la tentative la plus méthodique réalisée à ce jour par un peintre visant à redonner vie à la civilisation gréco-romaine disparue. Alessandro Botticelli, dont l’art évoque un esprit rêveur, rémanence d’un gothique tardif, créa des peintures agrémentées de Vénus, de Cupidons et de nymphes rappelant lui aussi les thèmes antiques qui plaisaient aux spectateurs de son temps touchés par l’humanisme.

Agnolo Bronzino, Portrait d’Eleonora de Tolède avec son fils Giovanni de Medici, 1545, peinture
Agnolo Bronzino, 1503-1572, école florentine, Italien. Portrait d’Eleonora de Tolède avec son fils Giovanni de Medici, 1545. Huile sur panneau de bois, 115 x 96 cm. Musée des Offices, Florence. Maniérisme

Il conviendrait néanmoins de parler de Renaissances plutôt que d’une Renaissance unique. Ceci se laisse aisément démontrer par l’étude des oeuvres des principaux peintres de la Haute Renaissance. Giorgio Vasari percevait chez ces maîtres le désir de créer un art plus grand que la nature ; il les voyait comme des idéalistes cherchant à améliorer la réalité au lieu de l’imiter, et désirant la suggérer avec délicatesse plutôt que la décrire en détails. Nous pouvons discerner parmi ces peintres diverses incarnations des aspirations culturelles de l’époque. Léonard de Vinci, formé pour être peintre, était aussi à son aise dans son rôle de scientifique, et il intégra à son art ses recherches sur le corps humain, la forme des plantes, la géologie et la psychologie.

Michel-Ange, formé pour être sculpteur, se tourna vers la peinture grâce à laquelle il put exprimer ses profondes convictions théologiques et philosophiques, et surtout l’idéalisme du néo-platonisme. Ses héros musculeux et surdimensionnés ne pouvaient être plus différents des personnages souples, gracieux et souriants de Vinci. Raphaël fut le peintre de cour par excellence, ses tableaux incarnant la grâce, le charme et la sophistication de la vie de cour durant la Renaissance. Grâce à la richesse de leur palette et à la liberté de leur pinceau, les deux maîtres vénitiens, Giorgione et Titien, exprimèrent une vision épicurienne de l’existence, leur art excellant dans la représentation de paysages somptueux et de nus féminins voluptueux. Tous les peintres du XVIe siècle essayèrent d’améliorer la nature, de créer quelque chose de plus grandiose et de plus beau. La devise de Titien, Natura Potentior Ars, « l’art est plus puissant que la nature », pourrait résumer leur vision.

Vincent van Gogh, L’Eglise d’Auvers-sur-Oise, 1890, peinture
Vincent van Gogh, 1853-1890, Néerlandais. L’Eglise d’Auvers-sur-Oise, 1890. Huile sur toile, 94 x 74,5 cm. Musée d’Orsay, Paris. Post-Impressionnisme

L’un des accomplissements des peintres de la Renaissance italienne fut d’établir leur crédibilité intellectuelle. Plutôt que d’être relégués au rang de simples artisans, les artistes – certains d’entre eux, comme Leon Battista Alberti, Léonard de Vinci et Michel-Ange, écrivirent eux-mêmes sur le sujet – voulurent être considérés sur un pied d’égalité avec d’autres penseurs de leur temps. Contrairement au Moyen Age, ils n’étaient pas anonymes, mais jouissaient d’une haute considération. Michel-Ange, par exemple, était surnommé Il Divino, « le divin » , et une sorte de culte se développa autour des artistes éminents de l’époque. Dès 1435, Alberti exhorta les peintres à s’associer avec les hommes de lettres et les mathématiciens, ce qui eut d’heureuses conséquences. Au XVIe siècle, les mécènes artistiques ne se contentaient plus de commander des oeuvres particulières, mais parcouraient la péninsule en quête du moindre produit d’un grand artiste : acquérir « un Raphaël », « un Michel-Ange » ou « un Titien » était un but en soi, quelle que soit l’oeuvre en question.

Tandis que les Italiens de la Renaissance se tournaient vers l’illusion spatiale et les personnages idéalisés, les Européens du Nord se concentraient sur la réalité quotidienne et sur la diversité des formes de vie sur terre. Aucun peintre n’a jamais surpassé le Néerlandais Jan van Eyck dans son observation approfondie des surfaces, et personne n’a jamais vu ni saisi avec plus de clarté et de poésie, un reflet irisé sur une perle, les nuances profondes et vibrantes d’une étoffe rouge, ou encore les miroitements dont se parent le verre et le métal. L’observation scientifique constituait une forme de réalisme, l’autre reposait sur un intérêt intense pour le corps des saints et les détails anatomiques de la Passion du Christ.

Gustav Klimt, Le Baiser, 1907-1908, peinture
Gustav Klimt, 1862-1918, Autrichien. Le Baiser, 1907-1908. Huile sur toile, 180 x 180 cm. Österreichische Galerie, Vienne. Art Nouveau

C’était l’époque du théâtre religieux, où les acteurs se déguisaient en figures bibliques pour faire revivre, dans les églises et dans les rues, les détails des souffrances et de la mort du Christ. Ce n’est pas une coïncidence si c’est précisément à cette période que des maîtres comme le Hollandais Rogier van der Weyden et l’Allemand Matthias Grünewald peignirent, parfois avec une précision tourmentée, les blessures, les épanchements de sang et le visage pitoyable du Christ crucifié. Les maîtres nordiques approfondissaient leurs recherches picturales avec une habileté consommée dans l’utilisation de l’huile, un médium qui les plaça longtemps en tête de l’art européen, avant d’être rejoints par les Italiens vers la fin du XVe siècle…

Canaletto, Le Retour du Bucentaure, 1732
Canaletto (Giovanni Antonio Canal), 1697-1768, Italien. Le Retour du Bucentaure, 1732. Huile sur toile, 182 x 259 cm. Collection Aldo Crespi, Milan. Rococo

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